Dans son discours , la président Emmanuel Macron est revenu sur les mesures phares de la planification écologique. Elles sont issues en grande partie du SGPE (secrétariat général à la planification écologique) dont la mission est la coordination de la planification écologique (réduction des émission de GES de 55% d’ici 2030). Cet organe de l’état a été créé spécifiquement dans ce but en janvier 2023. Les graphiques, dans notre article, sont donc principalement extraits du plan. Dans le cas contraire, la source sera précisée.

Nous analysons les principales mesures évoquées par le président à la lumière des travaux réalisés par le SGPE.

 

La production de l’énergie en France

 

Que dit le président?

 

Le premier thème abordé concerne le charbon avec l’annonce de l’arrêt des deux centrales à charbon restantes en France (mesure initialement prévue en 2022 mais repoussée suite à la crise sanitaire):

Et donc nous, d’ici à 2027, eh bien, qu’est-ce qu’on va faire ? Et d’ailleurs notre régulateur RTE l’a dit par un rapport récent, on a encore deux centrales à charbon qui tournent, à Cordemais et Saint-Avold. On va complètement les convertir à la biomasse, c’est-à-dire qu’au fond, là où on mettait du charbon, on va mettre le travail et le recyclage de notre agriculture et les forêts.

 

Que dit le plan?

 

le charbon consomme 14 Twh d’énergie primaire sur les 1821 Twh d’énergie finale en France en 2021, 11 pour le secteur Industrie (énergie) et 3 TWh pour l’industrie (non énergie). Le SGPE prévoit le maintien de ces 3 Twh à terme.

 

Analyse

 

RTE n’est pas un régulateur mais un gestionnaire de réseau de transport d’électricité (c’est la CRE qui est le régulateur afin d’équilibrer l’offre et la demande en électricité) .


Le charbon comme on le voit sur le graphique du SGPE ci-dessus n’est absolument plus une priorité pour la France, et représente à peine 0,75% de la consommation d’énergie finale totale du pays. C’est bien entendu le gaz (19,4%) et le pétrole (41%) qui doivent être la priorité pour décarboner notre consommation d’énergie tout vecteur confondu (pas seulement la production d’électricité). Ils proviennent des centrales gaz, du transport et du bâtiment essentiellement. On peut donc regretter que nulle mention n’ait été faite sur le sujet des fermetures de ces centrales.

 

Développement d’une filière de véhicules électriques sur le territoire (réindustrialisation)

 

Que dit le président?

 

Donc d’ici à la fin du quinquennat, on aura au moins 1 million de véhicules électriques qu’on produit. Ça veut dire qu’on réindustrialise par l’écologie. Ensuite, il y a 5 ans, quand je parlais aux constructeurs, ils me disaient : Malheureux, n’allez pas trop vite sur l’électrique, on ne produit pas une seule batterie. On ouvre 4 très grandes usines de batteries électriques en France en ce moment même. Et toute cette vallée électrique qui ira de Douai à Dunkerque, c’est des dizaines de milliers d’emplois industriels qui vont être créés dans les prochaines années grâce à ça.

Que dit le plan?

 

RTE dans son scénario haut (admis comme référence) prévoit 7,3 millions de véhicules électriques en 2030, environ 6 millions en 2027 (fin du quinquennat). Or le SGPE table sur 7% (données DGE) de véhicules électriques en 2027, soit environ 420 000 milles véhicules puis 15% en 2030, soit 1 million de véhicules électriques produits sur le territoire.

 

Analyse

 

Les chiffres sont à peu près cohérents. L’essor des véhicules électriques en France est réel mais encore beaucoup trop lent. L’ambition affichée est donc double: réindustrialisation de la production et promotion des véhicules électriques encore très chers à l’achat. On peut regretter que le sujet du recyclage des batteries n’ait pas été abordé, ce qui constitue un enjeu majeur pour la filière car potentiellement très polluant.

 

Décarbonation du transport

 

Que dit le président?

 

Et ça, on doit le faire de manière intelligente, c’est-à-dire qu’on doit pousser nos
ménages à céder les vieux diesels et les vieux véhicules thermiques, comme on dit pour aller plus vers ou de l’hybride et de l’électrique et progressivement de plus en plus de l’électrique. Mais on doit le faire en étant intelligent, c’est-à-dire en les produisant chez nous, les véhicules et les batterie.
[…] Et d’ici à la fin de l’année, on va mieux accompagner encore de ménages, on va finaliser ce leasing que j’avais promis. C’est-à-dire qu’on va à la fin de l’année mettre en place un système au fond, à horizon d’environ 100 euros par mois, on va permettre à des ménages d’acheter des véhicules produits en Europe, électriques qu’ils vont pouvoir amortir.

 

Que dit le plan?

 

Des voitures électriques légères pour celles et ceux qui en ont besoin pour se déplacer. Avec un objectif de 15 % de véhicules 100 % électriques roulant en 2030, contre seulement 1 % aujourd’hui, l’accélération est possible si nous agissons sur 4 leviers proposés dans le plan :

  • Le renforcement de l’aide à la conversion : bonus, prime à la conversion, offre de leasing social
  • Le déploiement des bornes de recharge sur tout le territoire
  • La révision des avantages fiscaux liés aux flottes d’entreprises et véhicules de fonction
  • Le durcissement des malus poids pour encourager à l’achat et la production de véhicules plus petits, plus légers et plus sobres

 

Sobriété

 

Faire évoluer notre organisation collective et les comportements pour réduire nos déplacements. Le plan formule une hypothèse ambitieuse : c’est possible si 7 millions de salariés en télétravail 3 jours par semaine et 5 millions de Français qui choisissent un tourisme plus local (- de 1000 kilomètres par an). A titre d’exemple, aujourd’hui, dans les TPE non agricoles, 8,2% des salariés télétravaillent déjà au moins 2 jours par semaine

 

Analyse

 

Il ne suffit pas en effet de remplacer nos voitures thermiques par des voitures électriques, il faut favoriser les voitures légères et le report modal.

L’ Ademe a publié à ce sujet une étude sur l’impact globale des voitures électriques en fonction de leur poids (graphique ci-dessus).

Sachant que le kilométrage moyen des véhicules est de 101.360 kilomètres, un SUV électrique ne sera pas plus écologique qu’un diesel compact. Un véhicule électrique de 60 kwh (type Renault Megan E-Tech) le sera mais de très peu (15 TCO2 contre 12 TCO2). Seule la citadine électrique (Zoé ou Clio E-Tech) présente un impact réellement inférieur émettant environ 3 fois moins qu’un compact diésel. Le même raisonnement s’applique aux hybrides. Par ailleurs les français depuis la pandémie roulent de moins en moins, 12000 km par an avant la pandémie contre 9730km en 2021. Or l’intérêt écologique est très lié au nombre de km par jour, d’autant plus pour les hybrides qui ont un double moteur.
Autre conséquence, il faudra baisser le nombre de propriétaires de véhicules pour développer les transports en commun ou le co-voiturage (report modal). Le SGPE prévoit une réduction de la part de la voiture de 797 véhicules.km en 2019 à 757 km.véhicules en 2030 grâce au télé-travail, au tourisme local plutôt qu’international, aux transports en commun, au co-voiturage. Enfin le SGPE prévoit aussi un large développement du vélo (pistes, sensibilisation et filières).

Ainsi sur les 36 MTCO2 réduit grâce au plan pour la mobilité du SGPE, seul 11 sont attribuables à la voiture électrique. Ces points de sobriété n’ont pas été abordés dans le discours présidentiel alors qu’ils sont pourtant fondamentaux pour décarboner les transports.

 

La décarbonation du secteur tertiaire-résidentiel

 

Que dit le président?

 

Mais pour les entreprises, c’est ce qu’il faut faire. Pour les ménages,
je vais être très clair: on est sorti des chaudières au fuel nouvelles, on n’en installe plus. On a tenu ça. Sur les chaudières au gaz, je me suis beaucoup poser la question. […] Parce que les pompes à chaleur, c’est
intelligent, ça fait des économies d’énergie, ça réduit très fortement les émissions et on va produire en France ces pompes à chaleur, on va en produire, on va tripler la production. Donc c’est tout ça la planification écologique.

 

Que dit le plan?

 

  • Mettre fin aux aides publiques pour les nouvelles chaudières 100% gaz
  • Pompes à chaleur (y.c hybrides) : poursuivre la structuration de la filière déjà existante en France pour produire 1,3M d’unités en 2030

 

Analyse

 

Le gaz est tout comme le fioul, de l’énergie fossile qui certes est un peu moins émissif, mais bien plus que le mix électrique français comme le montre le diagramme issu du SGPE ( 227 gCO2/Kwh pour le gaz contre 324 pour le fioul et seulement 49gCO2/kwh pour la pompe à chaleur) . Une politique forte pour limiter le gaz dans le secteur du bâtiment (secteur qui totalise 18% des émissions du pays) est donc essentiel en jouant à la fois sur l’efficacité thermique (isolation) et sur le changement de vecteur énergétique (chaudière gaz-> Pompe à chaleur majoritairement)
C’est ce que préconise le SGPE avec une diminution de 47 MTCO2 en 2019 à 19MTCO2 en 2030 (60 % de baisse). A cet effet le plan prévoit une suppression de 20 % des chaudières gaz d’ici 2030. L’interdiction des chaudières gaz aurait donc été un bon signal pour entamer cette réduction. La production de gaz en zone rurale étant par ailleurs peu conséquente, il aurait été possible de prévoir des mesures adaptatives sans limiter par ailleurs l’impact global de la mesure.

Le nombre de PAC produites actuellement en France s’élève à 350000. Les chiffres du discours présidentiel coïncident avec ceux de la SGPE mais restent très ambitieux dans un marché tendu aussi bien du côté de l’offre (manque d’installateurs) que de la demande (aides insuffisantes).

 

Conclusion

 

Le discours présidentiel aborde certains thèmes prometteurs sur les véhicules électriques (avec un leasing social bien prévu par le SGPE), ou l’essor des pompes à chaleur dans le bâtiment. En revanche, bien que présent dans toutes les projections, la sobriété (en dehors de la sobriété énergétique) est encore la grande absente du discours, certainement jugée trop impopulaire.

Les sujets choisis dans le discours présidentiel donnent plutôt la part belle à l‘industrialisation, à l’innovation et aux mesures incitatives. On reste donc dans une approche plutôt techno-centriste ou techno-solutionniste, tout en restant relativement en cohérence avec le plan, qui lui est beaucoup plus réaliste et exhaustif. Il s’agit donc d’une stratégie de réduction volontaire du champ d’étude et il faut lire entre les lignes pour comprendre qu’à chaque trajectoire stratégique de décarbonation, il manque les paramètres clés qui permettent une réelle réduction des émissions (55 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030), grâce aux véhicules légers et au report modal pour les transports, ou à la réduction de l’usage du gaz dans le bâtiment et la production d’électricité, à la sobriété enfin, dans tous les domaines, etc…. La réelle question en suspens est donc de savoir comment ce plan va s’intégrer dans la loi. Sera-t-il détricoté de sa substance? reporté aux calendes grecques?

Par ailleurs, la nécessité d’un changement de mode de vie, pourtant primordial, n’est pas explicité, ce qui constitue pourtant le cœur du sujet de la transition (la demande), l’offre étant mieux appréhendée et contrôlée. Pourtant, dans le dernier sondage de l‘ADEME sur le sujet du rapport des français au changement climatique, la proposition « Il faudra modifier de façon importante nos modes de vie » recueille une large adhésion : 56 % en moyenne sur la période 2006-2021, contre 62 % en 2023, loin devant la solution technologique (11 %) : « Le progrès technique permettra de trouver des solutions ».

Mais ces questions soulèvent encore trop d’injonctions contradictoires résumées par la fameuse expression fin du mois/fin du monde (renoncer au voyage, à la viande ou à la voiture) pour qu’elles soient clairement énoncées et débattues au plus haut sommet de l’état. Il faudra pourtant qu’elles s’infusent peu à peu dans la société française sans distorsion du message initial afin que tout le monde puisse en comprendre les tenants et les aboutissants et y voir une formidable opportunité.

Enfin, saluons de nouveau la qualité du travail réalisé par le SGPE (même si on peut tout de même remettre sérieusement en cause leur position sur l’avion « durable » censé remplacer les avions actuels grâce à une technologie encore loin d’être au point, d’avions à hydrogène), qui a balayé l’ensemble des thèmes en un temps record depuis sa création, y compris celui des ressources.

Grandes absentes enfin dans cet interview, la biodiversité et l’adaptation au changement climatique dont les plans ont été repoussés.

A suivre donc!

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